Travailler au Brésil quand on est jeune diplômé

Deux jeunes femmes entrepreneures mettent leur expérience au service des jeunes diplômés qui veulent s'installer au Brésil en donnant quelques conseils clés.

Alexandrine Brami (à gauche) et Pauline Charoki (à droite)

Alexandrine Brami a fondé, en 2006, l'IFESP (l'Institut d'Etudes Françaises et Européennes), une PME innovante dans le secteur de l'éducation, qu'elle dirige avec Pauline Charoki.

Ces derniers temps, grâce aux différents réseaux sociaux franco-brésiliens qu'elles ont mis en place, elles sont de plus en plus sollicitées par des jeunes diplômés français ou bi-nationaux à la recherche d'une opportunité de travail au Brésil.

Face à la carence des cabinets de recrutement sur le marché du placement des jeunes diplômés étrangers, elles ont mis en place une plateforme destinée à construire des ponts vers l'entreprise. "En initiant ce pont, nous souhaitons pouvoir contribuer au succès des jeunes entrepreneurs qui, comme nous, ont choisi de travailler au Brésil".

Pour Aujourdhui le Brésil, elles donnent quelques conseils tirés de leur expérience.

Avant de partir, optimiser le networking digital

Pour le Brésil, Linkedin est le réseau social professionnel à privilégier (Viadeo est inconnu) à partir duquel on peut rejoindre toutes les Alumni présentes au Brésil (comme SCIENCES PO Brasil Alumni, PARISTECH ALUMNI BRESIL, Diplômés des Grandes Écoles et Universités européennes au Brésil, Dauphine Alumni Sao Paulo Chapter…,), ou encore adhérer aux différents groupes Brésil tels que Les Français de Rio, Business & Jobs BRASIL, Les Français de São Paulo, Networking São Paulo...

"Ces réseaux permettent d'avoir accès à des offres de stage et d'emploi ainsi que de poser les premières questions" souligne Alexandrine.

Prendre son temps et faire un séjour préliminaire au Brésil avant de se lancer

Ce peut être dans le cadre d'un stage, d'un échange inter-universitaire ou tout simplement d'une année sabbatique. Ce séjour permet de rechercher les informations pertinentes, perfectionner la langue, choisir la ville où l'on voudra s'établir et comprendre la culture brésilienne.

"Par exemple, explique Alexandrine, la culture des jours fériés est différente au Brésil. Un Brésilien pourra faire des heures supplémentaires mais il ne comprendra pas qu'on le fasse travailler pendant le Carnaval et encore moins pendant la retransmission des matchs du Brésil en Coupe du Monde de football!".

Des organismes comme la Chambre de Commerce France Brésil, la Fédération des Industries de São Paulo (FIESP) sont un moyen de se faire connaître auprès de la communauté d'affaires franco-brésilienne et de rencontrer des entrepreneurs, pour la plupart disposés à répondre aux questions. "La culture du réseau est très forte au Brésil. Mon insertion socio-professionnelle s'est faite grâce à la communauté d'affaires française", reconnaît Pauline. Ces échanges sont utiles pour approfondir son enquête sur le marché, définir le statut juridique de la société, démarrer un business plan et trouver des partenaires.

Utiliser les réseaux pour trouver les bons partenaires et prestataires

"On ne fait rien tout seul", comme le dit Alexandrine. Le partenaire associé (minimum 1% du capital) offre une opportunité de croissance importante à condition de bien le choisir car les différences culturelles peuvent rapidement dégénérer en problèmes de communication.

Le choix du comptable et de l'avocat est capital. Ce sont eux qui vont monter l'entreprise et chercher les meilleures solutions pour définir, notamment, l'objet de la société qui sera déterminant pour l'application du régime fiscal.

Le choix du webmaster et du webdesigner sont également importants dans un pays qui compte plus de 76 millions d'internautes. Le marketing digital est un vecteur incontournable pour promouvoir et vendre.
"La jeune génération "Geek" est très liée aux nouvelles technologies. C'est un vivier pour recruter des stagiaires qui vous aideront à booster votre visibilité et vos ventes".

Commencer petit, rêver grand et tout faire dans les règles

Cibler une niche pour commencer et grandir en restant à l'écoute de ses clients.
Pour Alexandrine, "On peut commencer avec peu de moyens en créant une micro entreprise sous le régime du Simples", un régime qui simplifie les procédures de constitution et la fiscalité des petites et micro entreprises.

Même si l'on est petit, les bons réflexes, sont d'enregistrer les domaines (E-registre.br.com) et la marque à l'INPI, de choisir un lieu connu et facile d'accès pour ouvrir un bureau (Avenida Paulista, Avenida Faria Lima, Brooklin à São Paulo). "Ca permet aux futurs clients et employés de comprendre où vous êtes et donne une plus grande visibilité à votre entreprise".

En période de croissance, surveiller les coûts en cherchant à réduire les coûts fixes. Le poste des charges sociales est important quand on sait que chaque année, les salaires sont réévalués en fonction de l'inflation (5,91% en 2010) voire au-delà.

Créer un dialogue interculturel pour réussir

Les différences culturelles et managériales sont importantes entre la France et le Brésil mais elles deviennent un atout lorsqu'on sait rebondir sur cette différence. "En tant qu’étrangère, j'ai été confrontée à la difficulté de gérer une équipe qui ne partage pas les mêmes références et normes informelles de comportement", explique Alexandrine.

Dans un pays dominé par une culture paternaliste du chef d'entreprise, la capacité de déléguer n'est pas la même qu'en France. "Il faut le savoir et compenser en mettant, par exemple, dès le départ, des procédures d'organisation et de travail. Une procédure longue et fastidieuse mais qui fait gagner du temps et de l'argent quand l'entreprise est en phase de croissance".

Une autre différence importante sur laquelle insistent Alexandrine et Pauline est que les Brésiliens sont exigeants mais évitent la critique. "On dit au Brésil que le Français a la culture du "voice", quand il n'est pas content il le dit. Le Brésilien a la culture du "exit", il s’en va”. L'enquête de satisfaction a été, pour elles, un moyen de fidéliser aussi bien leurs clients que leurs employés.

"On n'avait rien pour "dar certo" (réussir) : nous étions étrangères, sans aucun patrimoine ni capital, des femmes dans un environnement très masculin, reconnaissent Pauline et Alexandrine. Notre seul atout c'était d'être françaises et diplômées en France".

Tous ces obstacles sont devenus des atouts car elles ont toujours été à l'écoute, pro-réactives, en apprenant au contact des Brésiliens. La micro-entreprise est devenue une PME qui emploie 18 salariés à temps plein, 2 à mi-temps et 5 stagiaires et a dégagé un chiffre d'affaires de 500.000€ l'année dernière.

Image of L'économie du Brésil
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IFESP São Paulo
Réseau Linkedin - Diplômés des Grandes Écoles et Universités européennes au Brésil

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