Nathalie Laoué, une matheuse devenue peintre à Singapour

Nathalie Laoué a quitté la France en 2002 pour suivre son mari à Singapour. D’abord désarçonnée de dépendre de son époux, elle décide rapidement de se consacrer à un rêve d’adolescence : la peinture. Une passion qui a débouché sur une reconversion.

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A son arrivée, elle fréquente d’abord un atelier animé par une ancienne des Beaux-Arts de Paris, Christine Bedel. Au bout de trois ans, le départ de son professeur l’amène à … reprendre le flambeau.
Huit ans après, toujours installée dans la cité Etat dont les lumières et les couleurs l’ont tant inspirée, elle forme régulièrement une vingtaine d’élèves par an et poursuit sa quête « perpétuelle ».
Cette étonnante reconversion, à coup de passion et d’exigence, témoigne de la façon dont l’expatriation peut devenir, pour des conjoint(e)s, un vrai tremplin vers une nouvelle vie….

Mixed media et portrait

« Provinciale originaire de la région de Cognac, je n’avais jamais baigné dans un milieu artistique, explique Nathalie, la quarantaine allègre et chaleureuse. Mon père, devant mes velléités d’entrer aux Beaux Arts, m’avait plutôt poussée vers les mathématiques, plus sûres à ses yeux. L’envie de peindre s’est réveillée à Singapour, face aux couleurs et aux lumières qui m’ont sauté au visage, dès mon arrivée.»

Image of Singapour en quelques jours
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Dans l’atelier de Christine Bedel, Nathalie Laoué se lance dans l’acrylique puis très vite, dans les techniques mixtes, qui utilisent à la fois la peinture, le rajout de matière ou le marouflage (collage de papier).

Elle choisit des compositions de format carré et travaille avec des papiers à brûler pour ancêtres qu’elle intègre dans ses peintures. Elle fait des essais de matières : coquillages, sable, plâtre, coquilles d’œuf, puis se lance dans la peinture à l’huile. «Mon premier tableau était un profil de jeune fille thaïe grand format. Je l’ai réalisé en clair obscur, parce que j’étais fascinée par l’émergence de la lumière. Ensuite, j’ai beaucoup travaillé les portraits en clair obscur, à la poursuite de cette sensation de la lumière qui surgit de l’ombre, de cette ligne de démarcation entre l’obscur et le clair, comme un sillon dans le néant…»

Entre animation et création en solo

A partir de 2005, Nathalie Laoué, reprend l’animation de l’atelier de peinture où elle avait pris les pinceaux à son arrivée.

« J’aimais partager. L’atelier me stimulait, non pour peindre mais pour accompagner les autres. ». Parallèlement elle poursuit sa quête en solo.

Elle construit désormais ses propres compositions et continue ses promenades matinales, l’appareil photo en bandoulière.

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Nathalie Laoué
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« Je sillonnais Singapour à la poursuite du temps qui passe, enregistrant pour plus tard les grands-pères dans les food-court, les grand-mère aux portes des temples…. ». Nathalie Laoué est très attirée par leurs portes d’un rouge éclatant reflétant la lumière. « L’impression visuelle était tellement forte qu’il fallait que je peigne ces portes, leur aspect laqué, brillant, leurs reflets. ». Elle peint aussi les bâches omniprésentes à l’époque dans Singapour. Parfois, elle a besoin qu’un objet vienne s’incruster dans la toile, comme dans ce tableau sur lequel elle a fixé un brûle-encens en métal.

« Le matin tôt, je voyais les gens dans la rue brûler l’encens, faire quelques prières et commencer leur journée. C’était un moment important pour eux.».

Délibérément, Nathalie Laoué a choisi le réalisme. « Mon inspiration était photographique. Elle venait des lieux. Je peignais des petits morceaux de vie, des détails, des coins de rue, des personnages de Singapour. » Et elle a choisi aussi de donner systématiquement un titre à ses tableaux. « Pas besoin de chercher, les mots s’imposent», dit-elle.

Après une parenthèse d’un an en France à Ouistreham, où elle peint des geishas inspirées par les estampes japonaises et se replonge dans ses photos de Singapour pour composer de nouvelles toiles qui racontent la ville, Nathalie Laoué retrouve avec bonheur la lumière qui lui manquait. « 2008 a été une moisson d’or, de nouvelles ferrures, de rouges plus nuancés, de peintures multicolores d’inspiration Peranakan. » se souvient-elle. « J’ai introduit des mélanges Japon-Chine, en utilisant des résines comme glacis pour produire un aspect laqué et profond « à la chinoise » ou en m’inspirant des lignes équilibrées de mon Japon fantasmé. »

Disparition – apparition

Mais son retour à Singapour, la laisse surtout fascinée par la disparition-apparition. « J’ai vu tant de choses disparaitre dans cette ville en éternelle métamorphose que j’ai eu envie d’en témoigner. Je me souviens particulièrement d’une grande fresque en arc de cercle sur Orchard Road, qui dépeignait la diversité à Singapour. Elle a été détruite pour céder la place à un gigantesque centre commercial, un de plus, baptisé Ion. J’ai eu envie de faire réapparaitre cette fresque et d’en faire un tableau intitulé « Singapore for ever ». Les tours y montent et y descendent derrière les temples traditionnels et les shop house du bord de la rivière. »

Nathalie Laoué se tourne alors vers un tableau, qui, à ses yeux, symbolise le mieux sa hantise de la disparition. Il représente des portes dans les tons jaunes et bruns noircis avec, dans le bas du tableau, un bleu violacé qui semble sourdre du néant.

« Pour moi, ce tableau montre la disparition en soi. J’ai encore du mal à le regarder. La porte a brulé. On voit quelque chose apparaitre: du bleu. ..comme le grand bleu, le fond, l’inconnu, qui ressurgit à la surface, les peurs enfantines, profondes…. » Et Nathalie, la gaité incarnée, d’expliquer : « Pour moi, peindre, c’est avant tout partager une joie, mais inévitablement, on laisse ses tripes sur la table. Il arrive que des émotions fortes ressortent. Je suis hantée par la disparition des gens, des lieux, par la peur de se faire consumer... Le monde ne sera jamais figé. Les gens disparaissent, meurent, s’éloignent ou changent…. J’ai toujours eu du mal à admettre ces disparitions. Je suis un témoin du temps qui passe, des choses qui sont arrivées. »

Aujourd’hui, Nathalie boucle une nouvelle phase créative. Elle a choisi d’incruster sa peinture dans des photos. Elle a eu aussi envie de faire revivre les belles Asiatiques en les mêlant à la modernité. « Les Singapouriens vouent un culte à leurs ancêtres mais ici tout part en fumée. J’ai voulu faire ressurgir les racines, rendre hommage à ces femmes devenues un jour des vieilles dames, les mettre en valeur quand elles étaient jeunes épouses, magnifiquement parées. J’ai eu envie de les faire revivre de façon gaie, dans la lumière et les couleurs parce que j’aime ce qui est joli et qui fait plaisir. »

Le site de Nathalie Laoué: http://www.nathalie-laoue.com

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Singapore For Ever
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