Les graffitis de São Paulo inspirent une artiste française

Nathalie Valantin, artiste peintre française, connue sous son nom d’artiste Gasediel, nous invite à découvrir son interprétation du Street Art et du travail des grafiteiros paulistanos.

Tableau de Gasediel

Après dix années passées à travailler dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, Nathalie Valantin décide de se consacrer à sa passion, la peinture. En 2006, elle suit une formation de peintre en décor à l’Ecole d’Art Mural de Versailles. Elle travaille d’abord les ombres, les lumières puis la technique des trompes l’œil contemporains.

Elle crée son atelier un an plus tard et peint sous le pseudo de Gasediel. Elle arrive à São Paulo en 2008 et expose en 2010. C'est un succès. Aujourd’hui, sa nouvelle exposition "PIX'ART" rend hommage aux grafiteiros les plus connus de la ville.

Gasediel, vous avez suivi une formation classique d’art mural en France. Qu’est-ce qui vous a le plus étonnée à votre arrivée en 2008 à São Paulo ?

Lorsque je suis arrivée à São Paulo, et lors de mes nombreuses heures passées dans les rues des différents quartiers, la première chose qui m’a frappée sont les Pixaçãos. Ce sont de grosses écritures noires très allongées, bien parallèles, souvent dessinées entre un mur et une fenêtre, plutôt en hauteur. C’est une écriture propre à São Paulo.
Chacun a sa propre forme de lettres, sa couleur … Ce sont les noms des personnes les ayant réalisés qui sont écrits. Il n’y a pas de but esthétique, simplement une volonté d’inscrire un nom dans les endroits les plus insolites de la ville.

Ils sont interdits et ceux qui les réalisent sont passibles d’une peine de prison. Les Pixacãos se différencient vraiment des graffitis qui sont tolérés voire acceptés par les propriétaires des murs ou la ville elle-même.

Lors d’un voyage à Paris et la visite d’une exposition à la Fondation Cartier, j’ai pris conscience que cet art de la rue était très fort et très développé au Brésil puisque des artistes brésiliens, grafiteiros, exposaient leurs œuvres en Europe. Ce fut pour moi une source importante d’inspiration. 

Qu’est-ce qui a influencé votre travail ?

La découverte de cet art de la rue, si fort et si présent à São Paulo, m’a interpelée, nourrie et m’a aussi donné envie de mieux le connaître.

Ma première inspiration a été la ville elle-même. Cette mégalopole avec ses voitures, son trafic intense, ses bus, ses cabines téléphoniques colorées, ses kilomètres de fils électriques apparents suspendus et emmêlés, ses vieux murs et ses tags bien entendu.

J’ai dû faire un long travail sur les matières pour imiter au mieux le caractère des murs de la ville avec leurs aspérités, leurs reliefs, leurs défauts et l’usure générale. J’avais vraiment envie de reproduire certains murs sur lesquels les grafiteiros s’étaient exprimés. Je voulais attirer l’attention des personnes qui vivent à côté sans en noter toujours la beauté, la créativité et aussi les sauver, pour certains, de la destruction. Sauver notamment les messages qui sont autant violents que poétiques.

Mon travail consiste en un mélange d’un dessin, d’un objet emblématique de la ville de São Paulo (comme un bus ou une cabine téléphonique) enrichi d’un détail d’un grafiteiro relevé sur un des murs de la ville que j’ai tant visitée et photographiée. A un point tel qu’aujourd’hui j’arrive à noter des similitudes et à identifier les signatures des différents artistes.

Mon idée est de mettre les murs de la ville au format d’une toile pour qu’ils entrent chez les gens. Ainsi, ils auront la possibilité de (re)découvrir ce travail, le vrai travail des artistes de la rue, le Street Art.

Quelles rencontres avez-vous faites dans le monde du Street Art?

Le grafiteiro qui m’a le plus inspirée est Ozi. Il travaille beaucoup avec des stencils (pochoirs) et développe des thèmes souvent politiques avec beaucoup d’humour. Je l’ai contacté pour lui demander l’autorisation de pouvoir reproduire la petite fille que j’aimais beaucoup avec son bazuka sur l’épaule. Il m’a donné son accord. Sa seule exigence, lorsque je reproduis un de ses tags, est que je lui envoie une photo pour qu’elle puisse entrer dans sa collection.
C’est une vraie rencontre. Il a beaucoup apprécié mon travail et trouve formidable la manière dont j’arrive à reproduire à l’identique un mur et ses graffitis avec ses irrégularités, morceaux de métal qui dépassent …

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Tableau de Gasediel inspiré par Ozi
D.M

Os Gêmeos aussi sont très influents dans cet univers du Street Art. Leur travail a deux facettes : les tags et les dessins. Comme leur nom l’indique ce sont deux frères jumeaux internationalement connus. Ils ont, par exemple, couvert de leurs dessins une aile entière d’un château en Ecosse (Kelburn Castle, 2007). Leurs personnages sont imaginaires, poétiques et très colorés et représentent toujours la famille brésilienne dans un univers magique. Leur renommée est telle qu’ils organisent des spectacles donnant corps à leurs personnages (plusieurs mètres de haut) autour d’un scénario. Les personnages « sortent » alors des murs et bougent en trois dimensions (Heerlen, Hollande, 2008). C’est très spectaculaire.

Enfin, je pourrais citer aussi Zelão. Cet artiste travaille, lui, dans les égouts. Il y dessine des arabesques. Son but est de rendre beaux les déchets humains. Son travail final est une photographie de ses dessins, avec toujours une recherche poussée sur la lumière, donnant un résultat des plus esthétiques.

Selon vous, existe-t-il des différences entre le Street Art en France et le Street Art au Brésil ? 

En France comme au Brésil, on retrouve des similitudes dans les formes des dessins. Les différences sont davantage remarquables dans le contenu des messages, la présence de beaucoup de couleurs et la dominance des dessins par rapport à l’écriture.

Ce qui est vraiment différent c’est qu’au Brésil les graffitis sont en plein centre de la ville. Une autre particularité c’est que le travail est souvent collectif et donne lieu à des histoires mêlées par la participation de plusieurs artistes. Cela se fait dans le respect mutuel du travail de l’autre, il est interdit de recouvrir la réalisation d’un autre.

Le Street Art au Brésil est fort au point que certains particuliers acceptent et encouragent que leur mur soit tagué.

Certains groupes d’artistes ont même à cœur de favoriser ce mouvement pour créer un statut à part entière à cet art mural urbain et qu’il devienne une identité artistique de la ville de São Paulo. Interviennent alors déjà des nuances. Ainsi, le Street Art se différencie du graffiti car il est plus complet car il utilise, en plus du spray, des collages, de la peinture …
Enfin, c’est un art essentiellement urbain très développé à São Paulo, ainsi qu’à Rio.

Quel message voulez-vous adresser ?

Mon travail réside en la reproduction de murs de la rue de São Paulo, comme si j’avais travaillé dans la rue. Cela m’a demandé beaucoup de temps et de recherches techniques pour arriver à ce résultat trompe l’œil. Je le fais dans un seul but attirer l’attention et faire connaître cet art populaire brésilien qu’est le Street Art, réalisé avec beaucoup de talent par les grafiteiros.

Image of Pixacao: Sao Paulo Signature
Manufacturer: XG press
Part Number:
Price: EUR 50,70

Exposition PIX’ART selon Gasediel
IQ ART Gallery, do Espaço Cultural Chakras
Du 17 mai au 31 juillet (lundi au jeudi : 12h à 1h - Vendredi et samedi : 12h à 2h - Dimanche : 12h à minuit)
Rua Doutor Melo Alves, 294 – Jardins – São Paulo

Site Gasediel

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