A Kuala Lumpur, une autodidacte expatriée passionnée aux fourneaux
Nathalie Arbefeuille, chef en Malaisie et fondatrice de Nathalie gourmet studio , vit en Asie depuis treize ans. Elle nous livre son parcours et son expérience.
Ancienne assistante de direction chez le publicitaire Dauphin, Nathalie Arbefeuille a accompagné son mari d’abord en Malaisie, puis en Thaïlande.
« J’ai toujours eu beaucoup d’intérêt pour la cuisine. Depuis l’âge de 12 ans, je faisais des diners pour ma famille, surtout les desserts. J’ai pourtant choisi de faire un BTS de secrétariat de direction trilingue. Je ne regrette pas mon expérience d’assistante de direction pendant douze ans qui m’a donnée cette capacité d’organisation précieuse aujourd’hui. »
Des cours de cuisine à traiteur de la princesse
Pendant les deux premières années d’ d’expatriation, Nathalie Arbefeuille s’occupe surtout de sa fille. Mais elle s’ennuie assez vite et décide de prendre des cours de cuisine.
« Ce n’était pas ce que j’attendais. J’ai commencé à réfléchir à un concept qui correspondrait à mes attentes. Et, de bouche à oreille, en trois ans, j’ai eu plus de 500 élèves à Bangkok. » Nathalie fonde alors Nathalie gourmet studio à partir de chez elle. Pour enrichir son expérience, elle se lance dans le catering et devient chef à domicile.
« Je faisais des cocktails dinatoires et des diners assis. J’ai fini par faire des diners pour la famille royale de Thaïlande. »
Sur cette lancée, revenue en Malaisie, elle poursuit ses activités de cours de cuisine et de traiteur et y ajoute du consulting.
Il y a deux ans, on propose à son mari de rentrer en France mais il préfère lancer son affaire en Malaisie.
Pour Nathalie, c’est le feu vert pour concrétiser enfin son rêve et ouvrir officiellement son restaurant et son studio de cuisine.
Elle crée aussi des recettes pour des marques connues en Asie comme Ayam.
« La France ne me manque plus après 13 ans et je pense qu’il y a des choses plus intéressantes à faire à l’étranger, en tout cas pour l’instant. J’ai encore deux enfants à élever. Je dois travailler. Ce qui m’intéresse, c’est de servir de la qualité, identique tout le temps.»
Nathalie Arbefeuille est aussi connue pour ses macarons. Elle a décroché des contrats avec des sociétés de luxe pour les distribuer. « Les macarons ne sont pas faciles encore à trouver en Asie. C’est une opportunité car Ladurée et les autres ne sont pas encore là !. »
Cuisine française raffinée à des prix abordables
L’ambition de Nathalie Arbefeuille est de proposer du « fine dining » français – pas de la cuisine familiale - à des prix abordables.
« En Asie, si vous voulez manger français, cela coûte une fortune. Mon idée, c’est d’arriver à régaler ceux qui n’ont pas les moyens de dépenser 1000 ringgit (240 euros environ) pour un diner. »
Nathalie Arbefeuille a déjà un restaurant ouvert le matin et le midi et seulement deux soirs par mois. Elle va ouvrir un nouveau restaurant de fine dining. « Le restaurant existait déjà. J’ai repris toute l’équipe. Ils sont très motivés. »
Pas besoin d’étoiles
Le guide Michelin n’est pas encore en Malaisie, mais les étoiles ne font pas vraiment partie des rêves de Nathalie. « J’ai une amie, dans le domaine de la cuisine, Anne Sophie Pic . Elle est à ce jour la seule femme trois étoiles en France -. Par elle, j’ai mesuré le stress associé aux étoiles Je n’ai pas besoin de ça pour m’apporter de la joie dans mon travail. »
Nathalie Arbefeuille se définit comme une autodidacte. « J’ai hérité de ce talent de mes grand mères. La cuisine, c’est comme la peinture ou la musique. Il faut être doué. »
Pour se perfectionner, elle a aussi fait trois semaines de stage chez Anne Sophie Pic. « Je lis beaucoup et je suis proche d’elle. C’est une personne qui sait partager. C’est un peu mon modèle. »
Si elle reconnait que le métier est difficile et fatiguant, il ne lui fait pas peur : « Je suis petite mais très costaud. J’ai énormément d’énergie et ne marque pas la fatigue.C’est ma force. «
Nathalie Arbefeuille a auto-financé son projet. « Quand on est un nouvel entrepreneur dans un pays qui n’est pas le sien, personne ne vous prête d’argent!»
Pour tous les palais !
Nathalie surfe sur le goût des Malaisiens pour la cuisine française ici. « Je pensais toucher surtout les expatriés. En fait, 70% de ma clientèle est locale : des sino Malaisiens surtout mais aussi, de plus en plus, des Malais musulmans. Ma cuisine n’est pas halal - je mets de l’alcool- mais je ne cuisine pas le porc. Mes clients musulmans considèrent que l’alcool s’est évaporé en cuisant. »
Les menus sont en français et en anglais, pas en malais car les classes moyennes Malaisiennes parlent à 80% anglais, contrairement aux thaïlandais.
« Monter un restaurant en Thaïlande aurait été beaucoup plus compliqué. Les produits importés sont chers. Circuler est infernal. Quant à Singapour, les prix y sont les mêmes qu’en Europe. En Malaisie, les prix des produits importés restent raisonnables. Je peux cuisiner du filet d’agneau de Nouvelle Zélande, du filet de bœuf australien. Nous sommes gâtés pour les légumes grâce climat tempéré toute l’année dans les Cameron Highland à trois heures de route de Kuala Lumpur qui permet de cultiver tous nos légumes et des herbes extraordinaires. »
Pour lancer son entreprise, Nathalie Arbefeuille conseille d’abord d’être sûr de sa motivation et de bien réfléchir à son projet. « Il faut mesurer ses chances de réussite, bien observer et équilibrer ses comptes ».
Aujourd’hui, la Malaisie est devenue un peu « chez elle ». « Quand je rentre en France, je me sens chez moi mais je me sens aussi chez moi ici. Ma petite dernière est née en Thaïlande. La vie de mes enfants, c’est ici. La famille me manque mais pas forcément la mentalité française trop fermée parfois ».
Nathalie insiste sur le fait que monter la même chose en France lui aurait coûté dix fois plus. « Ici, j’ai investi 100 000 euros tout compris. Je suis locataire des murs vides et j’ai aménagé moi-même l’espace. »
« La France c’est bien mais nos enfants doivent se tourner vers le monde. Il y a des choses à faire et à découvrir à l’extérieur. En Malaisie, on ne m’a pas mis de bâtons dans les roues. Il y des règles à suivre mais elles ne sont pas insurmontables. On m’a traitée comme les Malaisiens, voire mieux. Le seul incident : un coup de fil de la police locale qui me demandait de l’argent pour paraitre dans leur newsletter ! J’ai refusé. »
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