Helipartner, une société française en Malaisie
Pourquoi créer sa société en Malaisie ? En nous racontant son parcours, Philippe Lubrano nous explique son choix.
A Kuala Lumpur, les bureaux de Philippe Lubrano ont un côté James Bond : super jolies Malaisiennes, élégantes et efficaces, décor gris et noir éclairé par des tableaux de Bouddha vu de dos dans les tons dorés.
L’atmosphère est dynamique, quasi électrique avec des allers et retours. Un hub. Passionné d’hélicoptères, fondateur de Helipartner, répond de façon cool aux questions, sans pose et avec précision.
Le début de l'aventure
Après avoir travaillé en Malaisie à partir de 1993 pour Eurocopter, Philippe Lubrano s’installe définitivement sur la zone en 2000. Il s’occupe d’abord d’Eurocopter Singapourpuis rejoint la Malaisie en 2002 pour monter de toute pièce Eurocopter Malaisie, 100% filiale d’Eurocopter France.
Une société qui va se développer très vite en brassant ventes, production, assemblage, réparation ainsi que des activités de sous-traitance, passant en quatre ans, de 4 à 150 employés.
Quitter un grand groupe
En 2007, revenu en France, c’est le choc culturel, à l’envers ! « Je ne me retrouvais plus dans une organisation qui venait de changer de management. J’avais peut être passé trop de temps à l’extérieur, près des clients….. »
Philippe Lubrano prend conscience de sa force liée à son réseau tissé en Asie du sud-est mais aussi dans trois continents qu’il a parcouru durant plus de quinze années.
Fin 2008, il quitte Eurocopter pour monter sa société avec deux associés et amis.
Helipartner nait le 1er janvier 2009, avec pour cœur de métier, trois activités principales: le commerce d’hélicoptères d’occasion, le conseil en opération pour les nouvelles compagnies de transports de personnel dans les pays émergeants avec une spécialité pour les opérations offshore, la gestion de projet de modification d’hélicoptères ou de chantier. Trois ans plus tard, son CA devrait atteindre treize millions de dollars.
Un changement d’orientation à mi-vie
Les débuts sont exigeants. « Créer ma société n’était pas un rêve d’enfance, plutôt un changement d’orientation à mi- vie. Mais quand on n’a plus Eurocopter sur sa carte de visite, c’est la minute de vérité. Dans un grand groupe industriel, les clients font d’abord confiance à l’organisation. Avec Helipartner, ils parient sur la compétence et la plus value. »
Philippe Lubrano va plus loin. « Dans une grande entreprise, on aime les gens qui ont 12 sur 20. Dans sa propre entreprise, on ne gagne pas la même chose avec 12 ou 18 sur 20. La récompense dans notre métier, c’est l’argent. Après, il y a les amitiés. On travaille avec vous parce qu'on vous apprécie, qu’on vous trouve fiable.»
Philippe Lubrano est conscient du risque qu’il a pris mais cela le stimule. « Dans les grandes boites, certaines erreurs passent inaperçues et le client paie. Dans une petite entreprise, le client est plus gros que vous et, si vous vous ratez, vous n’existez plus! ». Philippe Lubrano pourtant évoque aussi le plaisir de passer de l’autre côté : « Un sentiment de liberté, de bonheur, de bien-être mais aussi plus de risque et plus de concentration.»
Le pari asiatique de Helipartner
Pourquoi la Malaisie ? «Je savais que les pays d’Asie du sud-est n’avaient pas encore donné la mesure de leur talent.» Il compare la Malaisie à la Suisse. « Un pays de 25 millions d’habitants avec qui tout le monde travaille, qui jouit d’une bonne stabilité depuis plus de vingt ans et offre quasiment les même facilités que Singapour à moitié prix. De Malaisie, je peux opérer dans toute la région avec des moyens modernes et du personnel qualifié. Tout le monde parle anglais. »
Philippe Lubrano, qui a aussi travaillé avec la Chine surtout dans les années 95-98 notamment sur Shenzhen, trouve que les problèmes de communications sont bien moindres en Malaisie qu’en Chine, alors que le coût de fabrication monte en Chine.
« Le salaire d’un ouvrier spécialisé débutant en Malaisie a peu évolué en quinze ans : de 200 à 300 euros par mois. Un jeune ingénieur est payé 800 euros par mois et les charges sociales n’excèdent pas 14%. Quant à la fidélisation de la main d’œuvre, elle est liée au profil de management. Ici, on essaie d’être paternalistes avec nos équipes multiculturelles. »
Philippe Lubrano en est convaincu : pour développer les Malaisiens, il faut les exposer en dehors de leur zone de confort, le plus jeune possible, quand ils n’ont pas encore été déformés par une autre entreprise. Après, ils ont du mal à évoluer. « Les jeunes ont une formation initiale insuffisante mais je les prends comme ils sont et je les fais progresser. »
En Malaisie même, Helipartner vient de remporter un beau contrat avec Weststar Aviation Services, qui fait tourner une dizaine d’hélicoptères pour la compagnie pétrolière Petronas et cinq autres compagnies pétrolières dans les dix années qui viennent. Il les a coachés et conseillés.
« Nous avons apporté l’expertise, répondu ensemble à des appels d’offre, monté une équipe, levé des fonds. » Dans leur métier, il faut être intégré dans l’organisation opérationnelle de la société avec laquelle ils travaillent. « Si on gagne, on partage les revenus. »
Français quand même !
Mais Philippe Lubrano insiste sur le fait qu’il reste français. « J’ai amené comme partenaire technique Heli-union, le plus gros opérateur d’hélicoptères de France, qui n’était plus du tout présent en Asie du Sud-Est».
Le patron d’Helipartner souligne le caractère multiculturel de ses activités. « Nous employons une vingtaine d’experts permanents de huit nationalités différentes, sans compter une soixantaine de travailleurs sous contrat. Depuis 17 ans, j’ai développé un esprit. Les gens ont plaisir de travailler ensemble.»
Helipartner a été approché par des investisseurs chinois mais il a du refuser. « C’était gigantesque. Il aurait fallu s’y consacrer à plein temps. Dommage! ».
En attendant, depuis un an et demi, Philippe Lubrano passe quinze jours par mois au Vietnam pour un groupe nommé Vinacopter. Un marché qu’il estime être, potentiellement, le plus gros d’Asie du sud-est dans les dix prochaines années : 100 à 150 hélicoptères privés ou commerciaux sans parler du militaire.
La qualité de la vie aussi
Philippe Lubrano s’est installé à Kuala Lumpur aussi pour la qualité de la vie. « Les gens sont gentils, le niveau de sécurité incroyable. Je viens du XXe arrondissement, à l’est de Paris. Un quartier sympa mais turbulent. Mes parents avaient une petite entreprise, créée fin XIXe par mon arrière-grand-père. J’ai grandi dans l’appartement au-dessus de l’atelier. On parlait d’affaires à table et je croisais tous les jours les employés. Quand je suis arrivé à l’âge de fonder une famille, j’ai cherché le bon endroit pour travailler et me faire plaisir. Un réseau mondial se maintient de n’importe où. Après, on regarde certains indicateurs, l’avenir…Se rapprocher de l'Asie était logique. Ma femme a monté un centre de bien être (médecines naturelles, Yoga). Rien n’est loin…On est bien. »
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
-

Envoyez cette page à un ami
Dépêches...
-
21/02/2012
-
13/02/2012
-
07/02/2012
-
04/02/2012
-
01/02/2012
- 1 de 49
- ››
Commentaires récents
-
Sarcastique3 jours 8 heuresLa troisième vie d’Alain Daout, patron d’Apple...Monsieur l'ancien Officier des blindés et maintenant investisseur, Que ce passerait-il si votre...(suite) -
Jeanne10 semaines 2 joursPortraits d'entrepreneurs français en Asie,...C'est rigolo de se faire sponsoriser pour écrire un livre et du coup que les lecteurs y ont accès...(suite) -
myexpat13 semaines 5 joursQuels bons plans pour les expatriés ?Article intéressant, car il est toujours difficile de "suivre" ce qui se passe en France lorsqu'on...(suite) -
JAHNET34 semaines 5 joursQuels bons plans pour les expatriés ?Un autre bon plan pour les expatriés: il s'agit de www.appelerdeletranger.com un site web qui...(suite) -
Clea41 semaines 6 joursExpat United, un site communautaire gratuit pour...Génial! Facile à utiliser et très efficace. Merci pour ce bon plan!(suite)


