Femmes d’expat : pourquoi perdent-elles leur identité ?

Véronique Martin-Place, femme expatriée, créatrice du blog Expat Forever, plaide la cause du conjoint accompagnateur dans l'expatriation (plus majoritairement l'épouse que l'époux), souvent jugé oisif et parfois même dépressif. Entretien.

Véronique Martin-Place est une femme expatriée bien dans sa peau. Depuis 13 ans, elle suit son mari à l’étranger, avec ses deux jeunes enfants. Elle a commencé en 1999 par la Norvège et change de pays tous les trois ans. Loin des clichés de la femme d’expat, dilettante ou dépressive, Véronique a créé une micro-entreprise, Writer Forever, et en avril 2010 un blog sur l’expatriation, Expat Forever.

Marlène Brocard : Pourquoi avoir créé Expat Forever ?

Véronique Martin-Place : Je ressentais le besoin de m’exprimer sur le sujet de l’expatriation et plus précisément sur le point de vue du conjoint accompagnateur.

Mon objectif était de démystifier l’expatriation, de partager mes réflexions, mes lectures, mes expériences et mes humeurs sur le sujet. J’avais envie de rompre avec le cliché de la femme expatriée oisive qu’on me renvoyait régulièrement quand je revenais en France. Je précise d’ailleurs que mon blog est autant destiné aux femmes qu’aux hommes, car aujourd’hui la problématique du conjoint expatrié s’accorde aussi au masculin, même si les hommes accompagnateurs sont encore minoritaires.

Je voulais aussi mettre en avant que les conjoints accompagnateurs sont actifs, pleins de ressources et d’énergie. D’ailleurs, sur mon blog je donne la parole une fois par mois à des conjoints d’expatriés devenus auto-entrepreneurs.

ALR : Quelles seraient, selon vous, les qualités nécessaires pour un conjoint d’expatrié ?

V.M-P : Les quatre qualités pour des expatriations réussies sont l’anticipation, la flexibilité, l’indépendance, et l’ouverture d’esprit.

Anticipation : quand cela est possible, il est toujours mieux de s’informer sur le pays ou l’on va vivre et de réfléchir à sa future vie.

Flexibilité : c’est un atout majeur ! Si vous ne possédez pas cette qualité, ne vous en faites pas, l’expatriation va vous y amener. Tant de choses initialement prévues peuvent changer à la dernière minute dans ce genre de projet.

Indépendance et autonomie : souvent le conjoint est pris par son travail, et donc l’expatrié accompagnateur doit gérer le quotidien seul.

Ouverture d’esprit, ou comme disent les Américains, to think out of the box : le mode de vie de l’expatrié accompagnateur doit allier famille, carrière et particularités du pays d’installation. Cela implique une remise en question des notions préétablies de notre société moderne.

ALR : Pourquoi, selon vous, un bon nombre de conjoints accompagnateurs ressent une perte d’identité.

V.M-P : L’expatriation est un changement de vie totale qui provoque assez souvent un sentiment de n’être plus que le conjoint de Monsieur ou Madame untel.
Il suffit que lors d’une soirée quelqu’un vous demande « qu’est-ce qui vous a amené ici ? », le conjoint accompagnateur répondra la plupart du temps « j’ai suivi mon mari (ou ma femme) pour son travail ».

La question suivante est souvent : « Et que fait-il ?» La personne qui pose ces questions occulte, parfois sans s’en rendre compte, l’identité et le statut social et professionnel de son interlocuteur.
Cette remise en question de l’identité est d’autant plus forte si la personne se définissait principalement par rapport à sa carrière, car lorsqu’on part en expatriation, le conjoint accompagnateur renonce dans la plupart des cas à son activité et même devient dépendant financièrement de son conjoint.

ALR : Dans ce cas, comment se reconstruire une identité ?

V.M-P : Il faut avoir un projet personnel ou professionnel avant de partir en expatriation. Si vos plans ne sont pas très clairement définis avant votre départ, il faut au moins réfléchir à la façon dont vous voulez valoriser cette aventure pour vous-même.

Le deuxième remède est de ne pas se définir à travers son conjoint quand la question se pose concrètement, c’est-a-dire quand on se présente. Il faut se construire des parades, des réponses toutes faites afin de renverser la tendance, et parler de soi.

Bien entendu, ce n’est pas une obligation, certains conjoints sont aussi très bien dans leur basket en se présentant comme le conjoint de Monsieur ou Madame Untel.
Enfin, je conseille à tous les futurs expatriés de lire et de s’informer sur l’expatriation avant de partir afin d’anticiper leur nouvelle vie.

Je conseille les livres de Robin Pascoe (en anglais), les deux livres de Gaëlle Goutain et Adelaïde Russell (en français) et bien-sûr, la lecture de mon blog (en français) Expat Forever.

Retrouver les articles de Marlène Brocard sur le site d'informations sur la Russie Aujourd'hui la Russie.

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