Dual expat, un site dédié aux conjoints d’expatriés

Comment aider les conjoints d'expatriés pour trouver du travail et se créer son propre réseau ? A Singapour, Bertrand Fouquoire apporte une solution accessible dans le monde entier.

Bertrand Fouquoire

Dans son rapport de 2010 sur les grandes tendances de la relocation, le Cabinet Brookfield indique que désormais, dans le monde, les femmes représentent un expatrié sur 5.

Pourtant les conjoints d’expatrié restent toujours très majoritairement des femmes car si les expatriés hommes sont mariés à 70%, les expatriées femmes ne le sont qu’à 40%.

Cette information n’a pas échappé à Bertrand Fouquoire, lui-même conjoint d’expatriée, qui l’a publiée sur son site Dualexpat , lancé de Singapour fin 2009.

Marié avec la DRH de Danone basée à Singapour, DRH lui-même en France pendant 15 ans pour Schlumberger puis Tokheim, Bertrand Fouquoire a eu cette idée à la suite de sa première expatriation en tant qu’époux.

« J’avais eu dans ma carrière à gérer nombre de personnes en mobilité internationale mais je n’avais jamais mesuré les difficultés du conjoint. C’est en accompagnant ma femme à Miami en 2000, que , demeuré sans emploi à cause de la crise qui frappait l’Amérique, j’ai compris la difficulté d’être contraint de ne pas travailler et de perdre ainsi son autonomie. »

Pour remédier à ce qu’il considère comme un formidable gâchis, il a décidé de faire le pont et d’aider à se rencontrer les conjoints d’expatriés à la recherche d’un emploi et les entreprises à la recherche de talents.

« Schlumberger avait déjà créé avec d’autres entreprises un site associatif Partner job à la fin des années 90. Mais cette plate forme, qui avait regroupé jusqu’à 40 entreprises, n’avait pu jouer son rôle faute de véritable animation. »

En enquêtant, Bertrand Fouquoire se rend compte que les entreprises se contentent souvent d’un effet d’affichage et que les DRH considèrent encore en général que ceux qui veulent vraiment trouver un emploi y parviennent, même si on entend plutôt la minorité insatisfaite.

Aux Etats-Unis, finalement, Bertrand Fouquoire créera sa société de conseil en ressources humaines, qui lui permettra de se repositionner en statut d’actif.

« J’ai compris à cette occasion qu’il ne s’agissait pas nécessairement de trouver un emploi à l’identique mais de reconstruire une identité professionnelle pour se donner un statut personnel dans la période d’expatriation, être autre chose que le conjoint, exister sur le plan social et surtout se donner les moyens de faire le lien entre l’activité professionnelle antérieure et celle que l’on reprendra un jour. »

C’est pourquoi le site Dualexpat promeut aussi le développement de missions ponctuelles ou le développement de carrière par l’acquisition de compétences dans un contexte différent.

« L’expatriation se banalise et devient un important point de passage dans une carrière. Sa durée raccourcit. A la différence de l’expatriation traditionnelle, expatriation de métier, qui menait plutôt à la construction d’une carrière nomade, l’expatriation conçue par un nombre croissant d’entreprises concerne de plus en plus des « haut potentiel » pour des durées d’un ou deux ans afin de les préparer à devenir des managers globaux. »

Dual expat a une cible potentielle de quelques milliers de personnes.

« Nous ne sommes pas ni Monster ni Facebook. Notre business model s’adresse d’abord aux entreprises qui financent l’accès au site pour leur personnel expatrié et leurs conjoints

Sur le site, l’utilisateur final a accès à 4 catégories de prestations: des ressources en ligne - guides pays avec un focus emploi, sur l’expatriation, la recherche d’emploi la construction d’une activité en télétravail, l’introduction à l’interculturel- ; des services payants à la carte avec des prestataires de service spécialisés que l’on peut consulter par skype ou en face à face ; un marché du travail en ligne ; des réseaux communautaires.

« Toute personne inscrite sur Dualexpat par son entreprise est membre de deux communautés la communauté globale et celle de l’entreprise à travers laquelle il est inscrit. Nous offrons aux entreprises une plate forme qu’elles peuvent utiliser en circuit fermé pour gérer les relations dans leur communauté d’expatriés. Par ailleurs la plateforme permet la création de groupes autour de projets précis. Ainsi, RH sans frontières a lancé par notre intermédiaire un projet autour de la responsabilité sociale de l’entreprise pour aider à réaliser des cartes des parties prenantes, des audit sociaux, de la formation au conseil. »

Aujourd’hui, seule une petite partie de Dualexpat est ouverte au grand public.

« Lorsque nous avions lancé le site fin 2009, nous avions laissé l’accès libre pour observer les modes d’utilisation. Nous nous sommes aperçus qu’avec Internet, tout doit être gratuit. Les gens ne percevaient pas la valeur de ce que nous leur apportions. C’est pourquoi nous avons réorienté notre Business model vers les entreprises. Le grand public ne peut plus s’inscrire en direct. Notre objectif est d’atteindre une cinquantaine d’entreprises afin que les échanges soient plus riches. Pour l’instant le site est encore en phase de lancement. Nous venons de signer un contrat avec Alstom, avec des lancements prévus à Singapour, Pékin et Shanghai

Le site développe également un réseau de partenaires pour supporter les expatriés dans les pays où ils sont installés, avec en particulier Harmony mobility pour Singapour et Pékin et d’autres en Nouvelle Zélande, Corée du sud et Malaisie.

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