Du Japon au Brésil, une femme d’expatrié fait le lien à travers un roman

Isabelle Peltier-Mignot est l’auteur d’un roman “De Grains en Or” qui raconte les débuts de l’immigration japonaise au Brésil. Elle nous livre son cheminement qui, tout au long des quatorze années d’expatriation, l’a amenée sur les voies de l’écriture.

Immigrants japonais travaillant dans une plantation de café. Reproduction

Après avoir passé quatre ans au Japon, vous arrivez au Brésil et vous rencontrez la communauté Japonaise. Comment ça se passe?

Je savais, en quittant le Japon, qu'il existait une grande communauté japonaise au Brésil pour l'avoir entendu dire par mes amies japonaises qui n'en savaient pas plus. Comme je l'écris en épilogue dans le livre je m’étais promis de comprendre la raison de cette présence au Brésil

Le passage a été assez brutal entre ces deux cultures, l'une très riche et atypique au Japon, l'autre plus occidentale, a priori sans le même attrait pour moi. Pour m’aider à faire la transition, j'ai ressenti, dès mon arrivée à São Paulo, le besoin de me rapprocher du quartier japonais Liberdade pour continuer à parler la langue.

Un jour à Liberdade, je me suis adressée en japonais à une personne âgée “japonaise” qui fut surprise et presque offusquée et me répondit en portugais qu'elle était brésilienne et ne parlait pas le japonais.
Ce fut un premier contact très décevant mais révélateur du décalage entre la nostalgie que je pouvais ressentir du Japon et que j'attribuais aux immigrants et la réalité, toute autre, les concernant.

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Liberdade
Elfy Nouv

’est à ce moment que j’ai perçu le besoin d’entreprendre des recherches sur l'histoire de l'immigration japonaise au Brésil en visitant le musée de Liberdade et La maison d’accueil des immigrants à Bras puis en lisant des livres et des reportages.
J’ai rencontré et interrogé des familles nippo-brésiliennes qui m’ont apporté des témoignages sur la vie de leurs ancêtres ou de leurs parents, sur leurs sentiments face à leur situation de descendants d'immigrants.

Comment se passent les contacts?

Ils ont été très bons et facilités par des connaissances mais il m'a fallu être prudente et objective quant au regard que je portais sur cette communauté.
Je devais aborder les personnes que je rencontrais avec distance et sans a priori pour pouvoir les interroger naturellement à leur niveau de Nippo-Brésilien; pas Japonais mais Brésiliens comme ils se revendiquaient eux-mêmes.

Quand est née l'idée d'écrire un livre? Pourquoi?

Elle est venue tout naturellement sans penser à l’écriture d’un livre mais plutôt d’un recueil de données historiques et culturelles. Puis au fur et à mesure que j’avançais, j'ai éprouvé le besoin d'ordonner les faits historiques selon une chronologie en y intercalant les témoignages écrits ou oraux afin d’exprimer les sentiments des premiers immigrants.

C'est alors que sont nés les personnages pour leur faire vivre cette période dans des situations quotidiennes, me donnant l'opportunité de décrire, à travers leur mode de vie, la culture japonaise en m’inspirant de mes ressentis. Cela m’a permis de réaliser mon transfert ainsi que le désir d’informer sur cette période historique.

Votre livre "de Grains en Or" est avant tout un roman, que raconte-t-il?

Les familles de Uta et de ses compagnons agricoles s’inscrivent dans un mouvement migratoire avec la fierté de servir leur patrie pour fuir la misère qui sévit au Japon en ce début du XXème siècle.
C’est remplis d’espoir qu’ils arrivent sur le sol brésilien croyant à la propagande qui les a éblouis en ces termes : « Partez vers le nouveau monde où l’or se cueille à la main, vous reviendrez riche ».

Leur quotidien dans la fazenda (ferme agricole) où ils sont accueillis sera loin de répondre à leurs espérances. En vivant des moments difficiles de peine, de désespoir, d’amour et de joie ils s’intègreront peu à peu au Brésil qui devient leur pays et accueillera les générations suivantes.

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Famille Nippo-Brésilienne, début du XXè siècle.
Reproduction

Vous quittez le Brésil après quatre ans, consacrés à faire le lien entre le Japon et le Brésil. Quelle est votre perception sur la communauté Nippo-Brésilienne?

Elle est très bien intégrée depuis quatre, cinq générations. Elle se revendique Brésilienne et l’est dans l'âme puis parfois dans sa manière de vivre.
Les gens ne veulent pas aller vivre ailleurs pour des raisons de confort et de qualité de vie; mais aussi parce qu'ils sont nés au Brésil et sont enfants, petits-enfants de descendants.
Ils y travaillent, savent que leurs ancêtres ont tout donné à cette terre pour contribuer à son développement.

Evidemment lorsque l’on approfondit le questionnement on sent une difficulté à se faire accepter comme Brésilien du fait de leur physique qui les différencie mais également parce qu'ils ont tous vécu des moments difficiles d'assimilation. Sachant qu'une part d'eux-mêmes est japonaise, ils ne peuvent renier leur origine et sont en prise avec ce dilemme.

La déstabilisation est forte pour ceux qui ont tenté un “retour” au Japon, qui ont expérimenté une vie là-bas soit pour étudier, ou travailler. Nombreux sont ceux qui reviennent désemparés après avoir découvert un “autre monde”, bien que celui de leurs origines.
Certains font des allers et retours, préférant la vie au Brésil mais avec le besoin de se raccrocher à un passé qui leur a échappé.

Vous avez passé quatorze ans de votre vie en expatriation? Qu’est-ce que cela vous a apporté?

Ces dix années en Asie (Taiwan, Chine et Japon) puis les quatre dernières au Brésil ont été vécues comme des moments exceptionnels qui se sont présentés à des périodes données et fastes de ma vie, contribuant à un enrichissement personnel.

Je pense qu’il n’y a pas eu de hasard dans la succession de ces expatriations qui se sont complétées jusqu’à m’avoir menée à la réalisation littéraire et artistique actuelle.

C'est une fois le manuscrit achevé que j'ai pu réellement découvrir le vrai visage du Brésil. Je me suis laissée porter par sa culture, son rythme, ses couleurs, son dynamisme et me suis fait des amis brésiliens. J’ai pris confiance en moi et en mes espérances pour mener à bien mes projets.

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C’est également l'amorce d'un grand tournant de ma vie intellectuelle qui se poursuit de retour en France et va me porter vers de nouveaux projets d'écriture et sociaux-culturels, me permettant d’orienter différemment mon parcours professionnel initial.

“Des Grains en Or” par Isabelle Peltier-Mignot - Editions Amalthée

Sociedade Brasileira de Cultura Japonese e de Assistência Social (Société Brésilienne de la Culture Japonaise et d'Assistance Sociale) - BUNKYO

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