Archetype, une aventure française au Vietnam

En deux ans ce cabinet d’architecture créé au Vietnam par trois Français en 2002 est devenu 50e mondial et s'est étendu sur 6 pays. Pierre-Jean Malgouyres nous raconte son parcours.

"Saigon M&C" à Ho chi Minh ville, la troisième tour la plus haute du Vietnam con
"Saigon M&C" à Ho chi Minh ville, la troisième tour la plus haute du Vietnam

Pierre-Jean Malgouyres a toujours été actif et entreprenant. Président à 19 ans du comité des fêtes de son village de l’Aveyron, où il crée un festival qui existe toujours, président du bureau des élèves de l’INSA de Lyon où il fait des études d’ingénieur en génie civil et urbanisme, il n’a guère eu le temps de voyager durant ses études et se dit même « casanier ». Mais il sait déjà qu’il veut être entrepreneur et suit les cours d’HEC entrepreneurs, avec l’ambition de créer une société dans la construction dans la lancée.

En 1997-98, il quitte la France et profite d’un VSNE pour partir aux Philippines sur un projet Schneider Electric. Il enchaîne au Vietnam en 1999.

A la fin du contrat, souhaitant rester dans le pays, il rencontre l’architecte François Magnier qui le fait rentrer dans la société de construction franco-vietnamienne Sacidelta. Il la quitte deux ans après et crée avec deux associés Archétype en se focalisant sur les métiers de la maîtrise d’œuvre. « En n’étant pas entreprise générale de construction, le risque était moindre financièrement

Un choix stratégique payant

Leur licence rapidement en poche en septembre 2002, ils s’attaquent au marché des investisseurs vietnamiens haut de gamme, prêts à payer plus que le prix standard local sans pouvoir encore se permettre le prix étranger. Un choix stratégique payant. « Contrairement à nos concurrents étrangers dont la clientèle internationale stagnait, nous avons pu compter sur les entreprises vietnamiennes : 80% au départ, 50% à partir de 2006 avec l’arrivée des grands investisseurs internationaux, 60% aujourd’hui. »

En un an, ils sont 120, huit ans plus tard ils sont 240 au Vietnam et 400 dans le groupe. 53ème agence d’architecture dans le top 100 mondial, leur chiffre d’affaires annuel flirte avec les 20 millions de dollars US et leur croissance s’envole de 30 à 40% par an. La clé de cette réussite : devenir incontournables.

« Même si nous avons du courir pour respecter les délais, même si l’équilibre n’était pas viable au départ, nous avons pu atteindre rapidement une taille critique puis dominante (numéro 1 au Vietnam), acquérir une image de grosse boîte pluridisciplinaire, capable de prendre en charge tous les aspects d’un grand projet (architecture, ingénierie, urbanisme, management de projet, pilotage de travaux, économie de la construction). »

Pour se développer, Archétype a beaucoup joué sur son statut d’agence locale : « Nous pouvons dessiner les concepts, mais nous travaillons aussi comme locaux avec des grands noms de l’architecture (Norman Foster, RMJM… ) qui nous font confiance et savent que nous n’allons pas démonter un projet sous prétexte de
respecter la réglementation à la lettre.
»

A l’assaut d’autres marchés

Archétype est aussi parti à l’assaut d’autres marchés : au Cambodge en 2003 ; en Thaïlande en 2004 ; en Inde en 2005 avec le groupe Aman Resort ; en France en 2006, avec le rachat d’une petite SARL, Equator Paris qui fait partie des membres fondateurs d’un réseau européen d’architectes Equator European Network ; à Dubai en 2008, une erreur stratégique qui a conduit à la fermeture des bureaux un an après ; au Laos en 2009 ; en Mongolie et au Bengladesh en 2011.

En 2008, la société s’est aussi lancée dans la maîtrise d’œuvre sur des projets environnementaux, en association avec le cabinet Merlin et Altereo en créant Archetype Environment en Asie.

« C’est un secteur très lié à l’Etat. Dans la mesure du possible, nous préférons travailler de gré à gré sans passer par des concours ou des appels d’offre aux procédures longues et complexes. Notre portefeuille est privé à 90%. »

Malgouyres2.jpg
Pierre-Jean Malgouyres
A.G.

L’avenir ? Pierre-Jean Malgouyres reste optimiste, malgré la forte inflation vietnamienne (23 % en septembre 2011). « Depuis 2008, le marché s’est resserré, avec une concurrence accru venue du Moyen Orient notamment, et l’inflation actuelle fait remonter les taux d’intérêts bancaires, mais nous avons un carnet de commandes bien garni pour les deux années qui viennent. Le Vietnam reste un pays porteur, avec une main-d’oeuvre de qualité — un architecte débutant est payé 300 USD plus 25 % charges sociales — même si elle demande à être formée et que nous souffrons du même turn-over que dans toute l’Asie (20 à 30%). Les Vietnamiens sont travailleurs, optimistes, ambitieux et entreprenants. »

Une identité française

Les rapports avec la France ? S’il a choisi de monter son entreprise à 10 000 km de la métropole, Pierre- Jean Malgouyres tient à défendre l’identité française de sa société.

« La compagnie est enregistrée à Hong Kong, mais elle est détenue à 100 % par des actionnaires français (dont Apple Tree). Nous avons 10 à 15% de cadres expatriés pour la conception, dont la moitié sont des Français. Nous permettons l’importation de nombreux produits français du bâtiment et nous faisons appel au savoir-faire français. Nous travaillons par exemple avec Bouygues pour la construction de la tour « Saigon M &C » à Ho Chi Minh ville, la troisième plus haute tour du Vietnam (185 m). Ce contrat de 150 millions d’euros pour Bouygues, c’est un des exemples de notre contribution indirecte au commerce extérieur français ».

Fort de cette observation, Pierre-Jean Malgouyres plaide pour que l’on cesse de considérer les entrepreneurs français à l’étranger comme des exilés fiscaux.

« Ce sont des gens qui ont créé des sociétés à partir de rien, des gens qui travaillent généralement beaucoup avec la France indirectement et directement. Ils méritent donc de bénéficier des dispositifs français d’aide à l’export des PME (garanties et prospection COFACE, financements OSEO pour accéder plus facilement à d’autres types de prêts), à condition de prouver leur apport à la France. Ce type d’appui existe en Allemagne. Il faut comprendre que l’accès aux sources de financement est la vraie difficulté pour un entrepreneur français de l’étranger qui n’a pas accès au support bancaire local ni français car il n’a en général pas de biens ou de société en France pour se porter caution. »

Retrouvez, en téléchargeant gratuitement le livre de Anne Garrigue, ses portraits consacrés aux aventures entrepreneuriales d'expatriés en Asie du Sud-Est.

Pour télécharger le livre de Anne Garrigue, Aux nouvelles frontières d'Asie, 40 Français qui entreprennent, cliquez sur ce lien :

Fichier attachéTaille
Francais_entrepreneurs.pdf3.23 Mo
0


0
Login or register to post comments