Anak, une ONG créée par des Français à Bali

Ils étaient commerçants mais ils ont changé de vie quand ils ont créé une ONG en Indonésie. Christine Grosso nous raconte ce nouveau défi dans lequel elle s'est lancée avec son mari.

Christine Grosso

Christine Grosso a gardé un goût de l’enfance et une foi chevillée au corps. Régulièrement à Bali depuis 1990, pour ses affaires puis pour les enfants, elle y a créé une association Anak.

Un mot qui signifie enfant en indonésien mais aussi en malais, en philippin, en malgache et même en vietnamien.

Cette ONG soutient la scolarisation de 300 enfants 200 grâce à des parrainages et 100 grâce à des bourses). Tous ces élèves sont issus de familles très pauvres du nord de l’île et le soutien qu’Anak leur accorde se veut qualitatif, pour les accompagner le mieux et le plus loin possible.

Une naissance naturelle

«Nous étions, avec mon mari, importateurs détaillants, commerçants et créateurs à Bali. Comme les Balinais sont doués manuellement, nous leur faisions fabriquer beaucoup d’objets artisanaux. Nous avions une niche dans la décoration montagnarde et possédions plusieurs magasins. Pendant douze ans, nous sommes venus régulièrement à Bali, mais nous savions que notre vie de commerçant n’était qu’une étape. Nous avions décidé tous les deux d’arrêter vers 50 ans. Christian, graveur diplômé des Beaux arts de Genève, voulait continuer son aventure artistique et moi, je voulais faire quelque chose pour les enfants, ou plutôt avec les enfants. Nous avons vendu notre entreprise en 2002, après avoir créé Anak de façon spontanée. »

C’est dans la région d’Amed, une des plus pauvres de Bali, hérissée de collines et souffrant de huit mois de sécheresse par an, où les habitants vivent dans des cahutes souvent sans électricité et se nourrissant de maïs six mois par an, que Christine Grosso rencontre en 2000 un petit garçon sur la plage.

« Quand je lui ai demandé pourquoi il n’était pas à l’école un lundi matin, il est devenu honteux. J’ai détourné la conversation en lui parlant en indonésien et il m’a invité chez lui. Là, j’ai pris un coup de poing. Ces collines, dont j’admirais le soir la poésie avec ses petites lumières clignotant au dessous de la voie lactée, cachaient en fait une très dure réalité. La maison de l’enfant, en bambou, ne mesurait que deux mètres sur deux, avec un sol de terre battue et aucun matelas. Le père parlait bien indonésien car sa famille revenait de 5 ans à Sulawesi, après avoir participé à un programme gouvernemental de transmigration. »

Christine Grosso décrit le contraste énorme de richesses entre le sud de Bali très touristique et le nord-est beaucoup plus pauvre qui a poussé le gouvernement à fournir des terrains aux plus démunis, à condition qu’ils les travaillent plus de cinq ans.

« Certains échouent et repartent. C’est le cas de cette famille revenue aussi pauvre qu’elle était partie, et qui a dû se construire une cahute sur une bande de terrain familial. Le père aurait bien aimé envoyer son enfant à l’école mais le matériel et les uniformes à la charge des parents (18 euros par mois, pour trois uniformes obligatoires, des chaussures fermées et un chapeau) coutaient trop cher. A l’époque, même l’école primaire était payante. Depuis, il y a une aide. »

Comme Christine Grosso passe six mois par an à Bali, elle peut inscrire l’enfant à l’école et le suivre. « Il parlait bien indonésien, mieux que les autres enfants qui parlaient plutôt balinais car la TV n’était pas encore répandue. En mangeant régulièrement avec le père pêcheur, j’ai compris leurs conditions de vie ».

Parrainages et bourses

L’association voit le jour sur un coin de table, avec quelques amis, un prêtre chef de village et le patron du restaurant pour soutenir l’éducation dans des régions défavorisées d’Indonésie.

Des statuts sont déposés en 2002 en France, Suisse et Espagne, un peu plus tard à Bali, grâce à l’aide indispensable d’une notaire indonésienne.

« Des amis indonésiens dans les affaires nous ont tout de suite aidés car ils étaient touchés. Nyoman Sutapa, un homme d’affaires est devenu président de l’association en Indonésie. Des guides, Made Dwi, Kadek Buddha ont donné de leur temps gratuitement. Au début, nous n’avons parrainé que 25 enfants, choisis soigneusement à partir de recommandations du directeur d’école, vérifiées sur le terrain. Le choix fut d’autant plus difficile qu’il fallait choisir un seul enfant par famille pour éviter les jalousies. »

Progressivement Anak prend en charge 80 enfants sur la région d’Amed puis une soixantaine d’enfants à Pakisan, une quarantaine à Penji Anom et une vingtaine à Galungan.

Outre les parrainages, Anak se met à attribuer des bourses aux meilleurs élèves, car ce système est particulièrement apprécié par les Indonésiens, qui récompenser le mérite.

Un développement solide et délibérément qualitatif

Au début, tous les animateurs d’Anak sont bénévoles. Puis, grâce à des dons plus importants, notamment de la part de Maisons du monde , des lieux de rassemblement sont construits à partir de 2004.

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Christine Grosso
FDM

« J’ai moi même acheté un terrain à Amed où nous avons construit une bibliothèque, un endroit pour réunir les enfants et les coordinateurs de terrain, qui est devenu un lieu de vie et de consultations médicales. »

Progressivement, la bibliothèque libère de l’espacer pour des cours d‘écriture balinaise, de peinture ou de danse traditionnelle, qui passionnent les enfants.

Christine Grosso se souvient d’avoir pleuré d’émotion lors de l’ouverture du premier centre. «Les enfants étaient joyeux ; c’était concret ; un moment de grâce, de joie, de résilience… »

Fédérer des initiatives

Anak aujourd’hui gère deux centres, emploie six salariés et six coordinateurs de terrain qui touchent des compensations, grâce notamment à l’aide d’une agence de voyage Bali Autrement et d’un magazine local, la Gazette de Bali .

Elle aide aussi à reconstruire des écoles laissées à l’abandon, et détruites par des termites. En mettant en lumière les problèmes, elle force les autorités à financer environ la moitié des reconstructions (12 000 euros) et elle responsabilise les parents qui participent aux travaux, ce qui permet d’économiser.

Anak a construit aussi des toilettes, fourni des tableaux, des bancs, des bureaux ou du matériel scolaire et travaille avec des étudiants, notamment à Galungan avec ceux de l’Ecole de commerce supérieur de Grenoble.

Enfin, Anak contribue à la reconstruction de Aceh, une région indonésienne qui a souffert terriblement du tsunami de 2006.

« Par l’intermédiaire d’un jésuite le JRK, Jaringan Relawan Kemanusiaan (en français réseau humanitaire bénévoles), qui était sur le terrain le lendemain du tsunami et y est resté trois ans, nous avons pu reconstruire à 100% un village avec l’aide de la Fondation de France et d’un collectif que nous avons formé.

Jusqu’à l’université

Le dernier développement de l’aventure d’Anak consiste à suivre les enfants jusqu’à l’université. Elle finance les études d’un dentiste, d’un sportif, de deux apprentis enseignants, de sage-femmes et d’infirmières….

Elle envoie aussi des enfants vers des lycées professionnels (infographiste, garagiste, céramiste, designer). « Nous sommes arrivés à un cap important. Nous pensions au départ aider les enfants seulement dans le primaire et au collège. Mais impossible de lâcher des écoliers brillants, et déterminés.

Or l’université coûte cher : 20 000 euros sur cinq ans pour des études dentaires, sans compter le logement, les déplacements - 2500 euros par an -, l’ordinateur... Le lycée globalement coûte 75 euros par mois. » Un parrainage à 25 euros par mois ne suffit donc plus.

« Nous cherchons donc un nouveau modèle économique. Dans ce sens, nous venons de signer un accord de développement avec une autre association née à Bali Sokasi banten , dont la présidente, Catherine Chouart, peut nous épauler pour garantir aux jeunex de pouvoir aller au bout de leurs études et de leur rêve.»

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